Yann Sekowski - résurgence(s)

Affiche sekowski

YANN SEKOWSKI
RÉSURGENCE(S)
DU 16 AU 22 JUIN 2017
Ouvert du Mardi au Samedi de 14h à 19h.
Vernissage Vendredi 16 Juin à partir de 18h30.

"À quelques jours de l’accrochage, je rendais visite à Yann pour découvrir le travail qu’il livre pour cette exposition . Sur un chevalet, une créature prise en étau entre ces deux couleurs si naïvement symboliques : le bleu et le rose et c’est presque à mon corps défendant que ces lignes de Rilke ont traversé mon esprit : “ Car le beau n’est rien que le premier degré du terrible ; à peine le supportons-nous, et, si nous l’admirons ainsi, c’est qu’il néglige avec dédain de nous détruire. Tout ange est effrayant.”
Et il est vrai que ces ombres de vie qui traversent les nouvelles œuvres de Yann Sekowski semblent nous dédaigner, elles se moquent de notre désir de “fable”, de notre regard avide du fait-divers qui les a langoureusement figées sur ces feuilles arrachées à un traité psychiatrique sur l’aphasie, elles se moquent de l’anecdote originelle, elles semblent se contenter d’être les sentinelles d’une beauté mystérieusement concrète et, qui sait, douloureusement évanescente ?
Des pages arrachées donc, et sur lesquelles se pose le souffle d’une narration à peine murmurée par les doigts du peintre, esquisses fugaces que notre regard seul peut achever. S’installe alors, dans cet étrange et muet dialogue entre l’oeuvre et le regard, comme un apaisement, un instant de grâce que nous observons, mais dont nous percevons aussi à quel point il n’est possible que par notre désir d’agir sur cette matière, d’entrer presque par effraction dans ces “histoires” délicates. Mais le dédain presque princier de ces créatures nous rappelle à l’ordre, et ce rose poudré qui leur sert parfois de support est trompeur : rien de tendre ici avec ces gravures d’un cerveau, palimpseste ironique d’une époque où le livre régnait en maître, ces traces d’un livre qui se dérobe lui aussi, maculé de brou de noix et obscurci par des aplats d’où surgissent des corps à la pose académique mais brisée ( comme si nous étions les témoins d’un hommage désormais impossible à la beauté ) ; tout nous indique une nouvelle fois que la peinture, quand elle est portée par cette évidence désarmante et qui signe désormais cette nouvelle étape du travail de Yann Sekowski, que la peinture donc n’est pas là pour irriguer notre soif d’absolu, fut-il esthétique, mais qu’elle surgit d’abord et avant tout dans cette zone de résurgence qui, en nous, laisse affleurer, par notre regard, cette source de “fictions possibles”, si hâtivement captée par le geste du peintre."
René Fix